Chapitre IV: Proposition Venimeuse

Le jour de l’entretien, je misai sur  mes atouts physiques qu’intellectuels. Je devais frapper aux yeux des recruteurs. J’arrivai dans les locaux de CanalC très endimanchée, du haut de ma   robe Woodin fraîchement sortie de l’atelier du styliste Gille Touré. Les motifs du pagne ressortaient l’éclat de ma peau claire. Mon make -up de ce jour était léger mais me donnait une allure de déesse. J’hésitai entre  mettre mes lentilles bleues ou aller sans. Enfin de compte, j’évitai de les mettre. Je ne savais pas si je devrais être en présence d’un  homme ou d’une femme pour mon entretien. Les femmes étaient très dures dans les entretiens. Pire, quand elles se trouvaient en présence des filles plus belles qu’elles.

Je descendis du taxi devant le portail de l’entreprise. Mais bien avant, je me vaporisai pour une dernière fois de mon eau de parfum J’Adore. Je vis le vigile courir me tenir mon sac à main Louis Vuitton. Sûrement qu’il me prenait pour une employée ou peut-être une actionnaire de l’entreprise vu le style que j’affichais. Je lui offris mon sourire avant de gagner l’entrée  principale sous une démarche endiablée.

Le contact de mes escarpins techno blade sur le sol glissant et carrelé de l’entreprise faisait du  bruit. Les employés hommes comme femmes se retournaient pour me regarder. Leurs regards admiratifs étaient un signe qui me rassurait que je ne laissais personne indifférent.

Je me présentai au secrétariat pour mentionner l’objet de ma présence. Pendant que la secrétaire essayait de joindre le patron, celui-ci vint au secrétariat récupérer un dossier. À sa vue, je sus qu’il était un ressortissant français. Il me parut un homme très humble. Se déplacer pour récupérer un dossier pendant que sa secrétaire pouvait le faire. Je ne pense pas que cela aurait été le cas pour un patron africain. De toute façon, les européens avaient des mentalités différentes des nôtres. En outre, je le trouvais très attirant malgré ses nombreuses rides au visage.

La secrétaire l’informa que j’étais l’une des candidates sélectionnées pour l’entretien. Il prit le dossier, donna quelques instructions à la secrétaire et m’invita à le suivre dans son bureau avec un sourire. Le directeur me reçut avec sympathie. Il commença tout d’abord à m’expliquer le but du programme. Ensuite, le profil de la présentatrice qu’il recherchait. Sa chaîne CanalC était en quête d’une belle présentatrice mais très cultivée. Je lui répondis avec assurance que j’étais diplômée d’une grande université de journalisme. Je lui mentionnais que j’avais été formé dans les normes du métier. Le nom de mon université attira de plus son attention. Il m’informa que la majorité de ses employés avaient été formés dans la même université. À la fin de notre entretien, il me posa une question. L’unique question qui brisa mes rêves.

-Mademoiselle, vous pouvez me citer le rôle du journalisme dans une société violente en conflit ?

-Excusez-moi monsieur, mais je ne comprends pas votre question.

-Je la reformule pour votre plus grand plaisir. Quelles sont les tâches du journaliste dans une société en conflit ?

-Donner des informations.

-Evidemment. Ensuite ?

-Honnêtement, je m’en souviens plus !

-D’accord, sachez, mademoiselle Krystal, que le journaliste dans une société en conflit a pour rôle d’analyser et de dénoncer. Ensuite, la quête de la vérité, le rôle éducatif, le rôle de médiateur de paix, le rôle d’informer librement. Vos professeurs ne vous ont-ils pas enseignés ces notions ?

Que pouvais-je répondre face à ses questions ? Moi qui n’assistais presque pas au cours. C’était pour la toute première fois que j’entendais ces notions. Je sortis de son bureau couverte de honte. Il m’assura que j’aurais ma réponse dans deux semaines. De quelle réponse avais-je encore besoin ? Je connaissais le verdict.

Je pris mon chemin à la conquête d’autres offres d’emplois. J’en voulais énormément aux organisateurs des concours de beauté auxquels j’avais raflé des titres. Ils étaient à mes soins et besoins pendant mon mandat. Ils me promettaient monts et merveilles. Après avoir passé ma couronne ou mon écharpe à une nouvelle, je tombais dans l’anonymat. J’avais toujours pensé qu’être reine de beauté était un travail à  temps plein. Malheureusement non ! Mes courtisans accouraient derrière les nouvelles ambassadrices de beauté.

Un jour, Poyabi Torvick un célèbre organisateur des concours de beauté me jeta en pleine figure que je n’étais plus d’actualité. Il insista que j’avais eu mon temps de gloire et que je devais le laisser s’occuper des nouvelles. Pendant deux ans, je restai dans cette course d’un poste de travail. J’étais épuisée de lutter même pour l’obtention d’un stage. Je perdais non seulement mon temps, mais aussi mes énergies.

Finalement, j’obtins un contrat à durée déterminée au sein d’une  entreprise de communication. Je remerciai Kassem, l’un de mes prétendants qui connaissait le directeur de cette entreprise. J’avais pris fonction dans cette petite boite malgré moi. Je cherchais de l’expérience afin de postuler dans une autre grande entreprise. J’étais disposée à me concentrer dans l’exercice de ma tâche. Je reconnaissais le mal que je m’étais fait pour mon indisponibilité volontaire à suivre les cours.

Au premier jour de ma prise de fonction, je retrouvai Alexandra mon ancienne voisine de l’université de communication. Sa rencontre me motiva. Elle ne détenait pas encore son diplôme de journalisme. Son acharnement avait payé. Je l’enviais énormément. Elle n’était pas belle. Mais son intelligence était sa plus grande beauté. J’étais en plus sous sa direction.

Aux heures de travail, elle retirait le sens de l’amitié. Elle rentrait dans la peau de la patronne. Il arrivait qu’elle me gronde pour un travail mal fait. Je gardais mes frustrations en lui promettant de m’améliorer. Je trouvais qu’elle usait de son rang pour me donner des leçons. Elle ne manquait aucune occasion pour disserter sur la vraie beauté féminine. C’était ses slogans en longueur de journée. “La beauté d’une belle femme se trouve dans son développement intellectuel”. “Le premier époux d’une femme reste son travail”. Il ne fallait pas s’aviser à lui parler de mode ni de maquillage. Je la comprenais. Alexandra ne se maquillait pas. Ses vêtements provenaient des couturiers de son quartier. Elle était obsédée par le travail.

 

 

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